Bois Mort

Esthétique

On dit souvent qu’un bois mort reflète l’histoire d’un arbre et exprime son vécu. Tout comme le mouvement du tronc et la façon dont l’arbre s’est développé, chaque blessures et chaque parties mortes, qu’elles soient arrachées, foudroyées, séchées par le vent, creusées par des insectes, broutées par des animaux, pourries par la pluie, etc.,  sont des traumatismes qui ont une raison d’être. Les arbres prélevés dans un environnement difficile possèdent souvent des bois morts qu’il faudra mettre en valeur, mais il est également possible de créer entièrement un bois mort sur un arbre. Il ne faut pas tomber dans la facilité et créer un bois mort sans que cela soit cohérent avec le caractère de l’arbre.

On distingue plusieurs types de bois morts, du simple écorçage au tronc creux, des trous de hibou ou traversants, des branches mortes, etc. Si l’on veut respecter l’esprit de chaque espèce et ce que l’on retrouve dans la nature, il ne faut pas faire n’importe quel type de bois mort selon l’espèce travaillée et le style de l’arbre. Pour obtenir un résultat crédible, il faut:

  1. Observer les bois morts naturels que l’on trouve à l’état sauvage;
  2. Comprendre ce qui les a provoqués et comment ils se sont développés en fonction de l’âme du bois (plus ou moins dur, fibreux, résineux, exposé, etc.);
  3. Reproduire des effets naturels grâce aux méthodes de travail des bois morts;
  4. Laisser du temps au bois mort pour évoluer et se patiner.

Les techniques à employer dépendent de la qualité du bois et de l’espèce travaillée. Elles diffèrent selon les structures plus ou moins fibreuses, et selon si l’on travaille un bois dur ou tendre, car les contraintes ne sont pas les mêmes et l’évolution va être différente dans le temps.

Sur les arbres dont le bois est durable dans le temps et résiste bien aux variations climatiques, les troncs sont plutôt écorcés que creusés et les branches mortes sont plutôt fines et pointues. Sur un bois moins résistant, les troncs ont tendance à se creuser et les branches mortes sont courtes et grossières. L’usure des bois morts laisse apparaître les lignes de croissances du tronc et les anciens chemins de sève, les bois fibreux vont les mettre en relief en se fissurant avec le temps alors que les bois denses resteront plus lisses.

Il ne faut pas chercher un résultat immédiat et réussir à se projeter dans le temps: les bois morts restent une matière organique qui évolue dans le temps et va se déstructurer. Il faudra affiner le travail plusieurs années après les premiers travaux. Les bois tendres vont pourrir alors les bois durs vont encore durcir et craqueler. C’est l’alternance des intempéries qui va donner son aspect vieux et naturel au bois, en plus d’une patine si particulière.
François JEKER défini cette évolution dans le temps en quatre stades ou « âges »:

bois mort

La création de bois mort se fait seulement sur un arbre en pleine santé et vigoureux car elle peut le mettre en péril si elle est mal réalisée.

Période: Les premiers travaux de bois mort sont sévères et stressent beaucoup un arbre. Ils sont réalisables toute l’année mais il est moins traumatique pour un arbre et pour ses racines de les faire à la fin de l’hiver / début du printemps quand l’arbre est au repos.

Outils: ciseaux à bois, pince à fendre, couteau à lame courte bien affûtée, gouges à bois, brosse manuelle en laiton/nylon souple, outillage électrique à main, chalumeau, matériel de sablage…

L’application de liquide à jin va ralentir l’évolution du bois mort et ne s’applique que lorsque le bois est à un stade de maturité.

-Mise en pratique-

Un bois mort doit être créé là où un événement naturel aurait pu l’avoir provoqué (chute de pierres, de branches, foudre, tempête, etc.). Un écorçage zigzaguant autour du tronc d’un feuillu, par exemple, n’a aucun sens dans une approche naturaliste car le bois se travaille toujours dans le sens des fibres.

  1. Délimiter les bords à écorcer avec une craie ou une lame, pour avoir une meilleure vision de la position finale à rechercher, et ajuster au besoin avant de commencer;
  2.  Tailler l’écorce avec une lame aiguisée et désinfectée pour délimiter proprement la partie qui restera vivante;
  3. Écorcer l’arbre sans arracher les bords pour conserver les canaux de sève le long de la plaie et avoir un cal cicatriciel régulier;
  4. Pulvériser de l’eau sur le bois et passer un coup de brosse souple dessus  pour faire ressortir les mouvements naturels du bois;
  5. Tirer les fibres de haut en bas et les couper si besoin pour ne pas les arracher et rester dans la zone délimitée;
  6. Retravailler le dessin des fibres, si nécessaire, en accentuant certaines fissures ou mettant en valeur les mouvements intéressants;
  7. Nettoyer le bois mort avec une brosse souple une fois fini;
  8. Vieillir et durcir le bois mort réalisé en le chauffant avec un petit chalumeau (attention cette opération est dangereuse pour l’arbre et il faut protéger les parties vivantes avec un tissus humide recouvert aluminium). On peut recommencer cette opération plusieurs fois en alternant avec des pulvérisations ou carrément sabler le bois mort…

-Sy.Lo.-

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