Tout savoir sur les Chênes Autochtones

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-PARTICULARITÉS-

Croissance des chênes: Le chêne a une croissance monopodiale avec une dominance apicale faible (plus exactement un fonctionnement acrotone, dont résulte la présence de fourches, de branches latérales puissantes et de cimes multiples parfois) avec un débourrement tardif courant avril en fonction des régions. Entre le gonflement des bourgeons et leur débourrement, il se passe environ 2 semaines propices au rempotage. La croissance des chênes est forte durant les quinze/vingt premières années puis ralenti avec l’âge. C’est une espèce connue pour ses vagues successives de croissances aérienne: un chêne fait en moyenne 3 pousses par an, dont la plus forte a lieu en juin (on parle de pousse de la saint-jean). Chacune des vagues de croissance dure un environ mois et correspond au débourrement des bourgeons formés sur la pousse précédente.

La croissance racinaire des chênes débute avec le débourrement printanier, mais elle est optimale pendant que la partie aérienne est en repos estival. Le système racinaire se développe continuellement de mai à octobre mais l’élongation des racines s’effectue seulement pendant que la partie aérienne est en repos (l’élongation des entre-nœuds et l’étalement des feuilles ne se fait pas en même temps que l’allongement des racines).

croissance annuelle chêne

Il a été mis en évidence que les chênes ont un mode de croissance aérien identique à de nombreux végétaux ligneux des régions tropicales, appelé croissance rythmique. 

Cette croissance rythmique est une succession de périodes de pousse et d’inactivité apparente. Cette période de repos permet en fait l’organogenèse d’un nouveau bourgeon apical (et la formation de nouvelles feuilles) ; la pousse consistant uniquement en un allongement des entre-nœuds et la maturation des jeunes feuilles. Ainsi la pousse et l’organogenèse ne sont jamais simultanées chez le chêne (soit il pousse, soit il produit de nouveaux organes, soit il est en repos).  Bien que le mécanisme régulateur reste encore mal compris, il a été démontré en laboratoire que le pincement ou l’effeuillage influent sur la longueur des entre-nœuds et de la croissance foliaire d’une pousse en cours en la réduisant ou en l’augmentant selon la période d’exécution et la méthode appliquée. Il est aussi prouvé que l’obscurité peut abolir cette croissance rythmique pour une croissance continue qui augmente la taille des pousses et réduit leur nombre, alors qu’une exposition très lumineuse multiplie le nombre de vagues de croissances annuelles jusqu’à x5 selon l’espèce de chêne (culture uniforme avec une température, une humidité et une luminosité constante, sans alternance).

croissance rythmique chêne

Composition minérale: En période de croissance végétative, la composition d’un chêne caduc adulte est de l’ordre de:
3N – 0,5P – 2K (0,4Ca – 0,2Mg) %de matière sèche totale

alors que pour un chêne persistant adulte elle est plutôt de:
1,5N – 0,2P – 1K (1,2Ca – 0,4Mg) %de matière sèche totale

On remarque que le rapport des éléments nutritifs est sensiblement le même ; la richesse des sols sur lesquels poussent les chênes caducs à l’état naturel et leur croissance plus rapide peut expliquer la différence quantitative. La concentration d’azote diminue de moitié après la fin de la saison de croissance, et seulement d’un quart environ pour le phosphore et le potassium.

Système racinaire: Comme on le sait, le chêne à un système racinaire pivotante puissant. La racine pivot du chêne, qui représente à elle seule 85% de la masse sèche du système racinaire, est bien différente des autres racines latérales. Elle est primordiale à la survie de l’arbre et essentielle à son développement car elle commande la différenciation racinaire et agit ainsi comme centre générateur, en plus d’organiser la structure vasculaire avec la partie aérienne et de gérer la répartition de sève élaborée. Pourtant elle gène la mise en pot et n’est pas compatible avec une culture hors-sol. La réussite des boutures et des marcottes n’étant pas assurée et aléatoire, même si elles sont correctement réalisées, il convient donc de savoir gérer correctement la réduction de cette racine pivot.

Le méristème terminal de cette racine pivot exerce une dominance apicale forte qui inhibe la formation de racines latérales sur une grande longueur. Les racines latérales se développent donc tardivement, quand le pivot est long, et à distance de son apex. Ces racines latérales ont elles aussi une dominance apicale forte, ce qui privilégie la croissance des racines à leur ramification. De plus la genèse de racines latérales est très faible en milieu pauvre, et ce sont les premières à subir les conséquence d’un stress hydrique ou d’un appauvrissement du milieu. On comprend donc que les chênes cultivés en pot, et débarrassés de leur racine pivot, s’épanouiront mieux dans un substrat riche et légèrement rétenteur pour éviter la sécheresse et favoriser la croissance des racines latérales.

Pour un arbre prélevé dans la nature de façon classique (au débourrement, avec des radicelles proche du collet), le pivot doit être prélevé autant que faire se peut et sa réduction devra être progressive et étalée sur au moins deux périodes de rempotage, en coupant un tiers environ de la racine restante à chaque fois, en fonction de la vigueur de l’arbre et des autres racines présentes.
Dans le cas d’un semis, en revanche, cette réduction est préférable rapidement et dans les trois premières années. En effet, plus la réduction se fait tard et moins les plants sont vigoureux dans les années qui suivent cette coupe, tout en montrant une croissance ralentie comparé à ceux dont la réduction du pivot s’est faite dans les semaines suivant la germination. Chaque intervention sur un jeune système racinaire de chêne va le vieillir prématurément. L’idéal est donc de réduire drastiquement le pivot en une fois, lors du repiquage du semis, et sans toucher aux ébauches de racines latérales en formation pour ne pas trop impacter l’épaississement du collet. Le plant fera alors en moyenne 3 à 5 racines de substitution, appelées racines de régénération [il en fera seulement 2 à 3 en réduisant le pivot à un an, et ne régénérera pas du tout en coupant le pivot après la 2ème année]. L’avantage d’avoir ces racines de régénération, qui apparaissent quelle que soit la longueur de racine coupée, est qu’elle sont strictement identique au pivot qu’elles remplacent, tant sur le plan anatomique, morphologique, que fonctionnel. Deux exceptions différencient une racine de régénération du pivot qu’elle remplace:
-les racines néoformées ont une pousse plus à l’oblique ou à l’horizontale qu’à la verticale si le jeune pivot est taillé court [plus il est taillé loin et plus les racines de régénération seront verticales];
-la croissance d’une racine de régénération reste moindre que celle d’un pivot conservé (au profit du développement temporaire des racines latérales émergentes lors de la taille);
ce qui est en parfaite adéquation avec une culture en pot. Ces racines de substitution pourront être réduites au besoin lors des futurs rempotages, sans ralentir la croissance du plant. Si le pivot est coupé à 5cm du collet lors du repiquage à une paire de vraies feuilles, en conservant des racines latérales, le taux de survie d’un semis de chêne est supérieur à 85%.

rempotage:
Il faut savoir qu’un chêne va essayer de régénérer ses racines coupées (réitération traumatique) et s’il ne peut pas régénérer, il va favoriser les racines existantes plutôt que de former de nouvelles racines en amont d’une taille. La vitesse et la performance de cette régénération dépend de l’âge de la partie sectionné et du volume amputé. La régénération est d’autant plus difficile que la racine coupée est âgée physiologiquement et qu’il y a de nombreuses racines à proximité de la coupe (concurrence et dominance apicale exercée par les méristèmes intacts à proximité). C’est pourquoi une taille de racine peut déboucher sur un blocage du développement racinaire (pas de formation de nouvelles racines) au profit de la croissance des racines intactes. Il est donc conseillé de tailler les méristèmes terminaux des racines près des grosses coupes lors des rempotages afin d’éviter leur grossissement et de permettre l’émission de nouvelles racines.

Si les chênes sont souvent en symbiose avec des ectomycorhizes dans la nature. Elles ne sont pas indispensables à leur survie mais elles favorisent grandement leur croissance. C’est toujours une bonne chose de pouvoir incorporer des mycorhizes dans la culture hors-sol des chênes.

Les chênes ne tolèrent pas une trop grande salinité des sols, il faut donc aussi maîtriser la fertilisation sous peine de devoir rempoter régulièrement pour changer le substrat.

Morphogenèse et déterminisme:  De façon générale le chêne à une croissance acrotone, c’est a dire que les premiers bourgeons à débourrer sont ceux près de la cime et ceux en bout de branche ont une prédominance sur ceux plus près du tronc (en général le bourgeon terminal et les bourgeons secondaires sont les seuls à débourrer). Le feuillage est alors éloigné du tronc et la ramification plus simple et moins fine que sur d’autres feuillus. Si les branches des chênes sont souvent sinueuses, c’est à cause de l’hypotonie très forte des chênes caduques (moindre sur les persistants). Cette hypotonie est caractérisée par le débourrement plus fort des bourgeons secondaires situés sous une branche par apport aux bourgeons secondaires situés dessus. Le nouveau rameau qui se développe à partir de ce bourgeon va se diriger vers la lumière (du fait du phototropisme négatif de l’auxine qui entraîne l’élongation de la partie la moins éclairée d’une pousse) mais va aussi pousser vers l’extérieur à cause de la concurrence avec les rameaux situé au-dessus et abaisser la branche. Par manque de lumière les ramilles intérieures sont souvent abandonnées et la branche néoformée à partir du débourrement du bourgeon hypotone peut prendre l’ascendant sur le reste de la ramification, formant ainsi un axe principal sinueux dû à la répétition du processus au cours des vagues de pousses et des saisons.

Le tronc des chênes à une croissance orthotrope (verticale), alors que ses rameaux ont une croissance plagiotrope (plus ou moins horizontale). Ainsi le départ des branches par rapport au tronc est toujours orienté vers le haut ou à l’horizontale, mais jamais vers le bas s’il n’a pas eu d’intervention extérieure (et c’est rare qu’une branche de chêne s’abaisse depuis sa base). Cela donne l’impression que les vieux chênes solitaires « s’ouvrent » à la lumière.

hypotonie

Feuillage: Toutes les espèces caduques autochtones sont marcescentes, c’est-à-dire que les feuilles mortes à l’automne restent accrochées sur l’arbre, bien que le vent et les intempéries puissent les faire chuter au cours de l’hiver. Cette marcescence dure jusqu’en mars et la chute de feuille morte annonce la reprise de l’activité de l’arbre; il s’écoule environ un moins entre la chute des feuilles marcescentes et le débourrement. En culture hors-sol, il est tout à fait possible de retirer les feuilles mortes (sans arracher les pétioles) afin de mieux visualiser la structure l’hiver venu, cela n’à aucune incidence sur l’arbre.


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