Création d’un Pin noir depuis le semis

culture, Eric Schrader, traduction d'articles étrangers

[Traduction d’un article d’Éric Schrader, publié sur son blog en 2014. Traduit et diffusé avec son aimable autorisation.]

de la graine au bonsai

[Ndt: bien que cet article soit basé sur la culture d’un pin noir du japon (pinus thunbergii) il aussi est applicable à nos espèces autochtones à croissance forte.]

Une conversation commune à beaucoup de forums de bonsaï est souvent lancée par des amateurs qui possèdent de jeunes pins ou des graines et qui veulent apprendre à construire un arbre de zéro. Combien de ces tentatives ont effectivement produit des bonsaïs aujourd’hui serait une question intéressante. Lorsque cette question a été posée il y a quelques années sur le forum BonsaiNut, j’avais posté quelques photos de l’évolution de certains de mes arbres (âgés de 6 années à l’époque) avec des notes sur la façon dont je les avais cultivés.

Mais j’avais négligé de prendre des photos de certains éléments clés de leur construction. Dans l’ensemble, c’est relativement simple de faire pousser et nécessite beaucoup d’arrosage, de fertilisation et de patience. Ensuite, les moments clés arrivent où le travail doit se faire dans un intervalle critique. Être en même temps suffisamment patient et rester à l’affut des moments clés de création est peut-être la partie la plus difficile du travail.

Dans ce billet, nous allons voir comment obtenir  un arbre de style penché d’à peu près 50cm de haut. Le traitement du semis dans les deux premières années déterminera en grande partie la forme finale que prendra l’arbre.

Un semis de pin noir commencé depuis la graine au printemps fera entre 3 et 10cm de hauteur dans la première année. La pratique de bouture des semis, qui est si souvent discutée, ralentit légèrement la croissance de l’arbre. A la fin de la première année, il y a normalement un beau bourgeon au sommet de l’arbre, déjà recouvert d’une pellicule blanche caractéristique. A la base du plant il peut y avoir quelques petites pousses latérales, rien de plus que quelques aiguilles immatures à ce point. Le plant peut aussi avoir quelques paires d’aiguilles normales ou pas du tout.

semis pins
Semis de pins noirs du japon. A gauche âgés de 6 mois et mesurant 5 à 10cm ; Au centre âgées de 18 mois et mesurant 30cm ; A droite âgés de 18 mois et taillés en juin de la deuxième année.

Si la bouture de semis est utilisée, les bourgeons latéraux à la base du plant sont généralement à moins de 3cm du premier embranchement racinaire, à l’endroit où la racine principale a été coupée. Malgré des attentes différentes, les semis taillés ainsi semblent émettre seulement 1 à 4 racines en moyenne à partir de la coupe. Cela pourrait être considéré comme un problème, mais en réalité ce n’est pas si important car la ramification des racines se développera davantage avec le reste de l’arbre.

Au printemps de l’année suivante, lorsque l’arbre est vieux  d’un peu plus d’un an, le bourgeon terminal va commencer à s’allonger et l’arbre va rapidement atteindre les 25 à 35cm de hauteur. La majorité de la saison de croissance est alors consacrée au développement des aiguilles et à l’établissement de vigoureux bourgeons verticillés au sommet du jeune arbre. L’arbre va se renforcer à l’automne et durant l’hiver, les bourgeons vont grossir, et l’allongement sera plus important au printemps suivant.

Les bourgeons établis au cours du deuxième été sont les premiers vrais verticillés sur l’arbre. Si tous ces bourgeons sont laissés intacts et que l’arbre est très vigoureux, ils pourront entraîner une inversion de conicité au niveau du nœud. Il faut retirer tous les bourgeons sauf un latéral, à partir d’Août ou Septembre, en utilisant les doigts pour les dévisser ou des ciseaux pour les couper. Répétez ce processus chaque automne pour les nœuds que vous souhaitez conserver dans la ligne de tronc.

ébourgeonement pin

Il y a un désaccord dans les avis donnés sur les deux premières années de la vie d’un pin noir. Un article de la revue Bonsaï Today #20 affirme qu’on peut ligaturer en Mars de la deuxième année, alors que l’arbre a seulement un peu plus d’un an. Sur les photos et dessins de cet article, les plants âgés de 13 mois ressemblent aux arbres de 20 mois  cultivés dans ma cour. De mon expérience, et de celle d’autres producteurs de Californie, il faut attendre la fin de la deuxième saison de croissance pour ligaturer un tel plant, ce qui correspond à 20 mois.

L’hiver suivant la deuxième saison de croissance, il faut rempoter le plant de deux ans et le retirer du petit bac de culture qui le contient pour sélectionner les racines, les trier et les tailler. Ce processus permettra d’accroître le nombre de racines près du tronc. Il faut couper les racines radiales à environ 5-7cm de longueur. Ligaturez le tronc en laissant filer le bout du fil à travers les racines et servez-vous de la ligature pour plier la base du tronc au plus près des racines que possible. L’espace entre les racines et le premier coude doit être inférieur à 3cm et pour être en mesure de plier le tronc facilement plaquez bien le fil au tronc. Ajoutez des petits mouvements doux au tronc pour donner à la tête une direction générale ; dans notre exemple le tronc sera orienté vers la droite.

 évolution d'un pin noir
Figure 1. Représentations de la première, deuxième et troisième année de croissance d’un Pin noir. La barre d’échelle à gauche équivaut environ à une hauteur de 30 cm, atteint généralement à la mi-été de la deuxième saison de croissance par un plant sain. 

Sur la figure 1, nous voyons la comparaison de pins noirs âgés de  1 an, 2 ans et 3 ans. Le plant de 2 ans représenté sur la figure 1 est ligaturé et plié pour obtenir le plant 2a. Rempotez l’arbre ligaturé et plié dans un grand contenant, de préférence dans un pot ajouré, type panier pour plante aquatique, qui aidera à la ramification des racines. Comme indiqué dans l’article de BonsaïToday #20, une fertilisation soutenue, un arrosage abondant et une bonne exposition au soleil sont nécessaires pour une forte croissance. Au début de l’été de la troisième année, l’arbre aura une hauteur de tronc entre 25 et 40cm. Les petites branches basses se seront aussi allongées, mais à un degré moindre. En juin (ou à l’époque de pratiquer la taille des chandelles sous votre climat), retirez 10-15% de la nouvelle pousse apicale. Nous voulons supprimer l’apex et le nœud terminal pour forcer l’arbre à bourgeonner en arrière comme le montre la Figure 1_3. Ligaturez la pousse de la troisième année pour ajouter du mouvement. Sur les arbres très vigoureux, les bourgeons formeront de nouveaux rameaux, tandis que sur les arbres les plus faibles ils ne débourreront pas après la suppression du bourgeon terminal.

Si l’arbre pousse sans ligature lors de la troisième année de croissance et que le tronc se redresse, il sera alors plus difficile à mettre en forme. Un tronc, avec une croissance vigoureuse lors de troisième année, aura fait assez de bois pour résister facilement à l’ajout de petits mouvements. Si cela arrivait, il faudrait utiliser un gros fil et essayer de faire de multiples ruptures pour rendre le tronc plus intéressant. Un certain mouvement sera mieux que rien.

figure 2
Figure 2. Quatrième année de croissance. Au printemps, les nouvelles pousses vont s’allonger. Les bourgeons et les faibles pousses formés après la taille de la troisième année entraîneront une croissance plus diffuse. Taillez la plupart des nouvelles chandelles, en laissant intact une branche de sacrifice pour continuer la croissance du tronc (indiqué sur le dessin par la flèche A). Les chandelles des branches basses seront taillées ou non en fonction de leur vigueur. A droite, la fin de la 4ème année: Après la taille des chandelles, les rameaux établis durant l’été sont plus compacts tandis que la branche de sacrifice a un bourgeon fort pour le printemps suivant.

La quatrième année de notre exemple est consacrée à la fois à la pousse libre d’une branche de sacrifice et au contrôle de la croissance des autres branches. Déterminez le point de coupe de la branche de sacrifice avec certitude. La coupe devra être sur le côté ou à l’arrière de l’arbre et elle devra être oblique ou quasi-verticale avec un angle raide, mais jamais horizontale. En fonction des conditions de croissance de la 4ème année, la pousse peut être très vigoureuse ou plus lente suite à l’l’élimination du bourgeon terminal dans la troisième année. Si elle est très vigoureuse sur tout l’arbre, on pourra tailler les chandelles de la plupart des branches sans toucher à la branche de sacrifice. Si la croissance est faible, ou qu’une branche prend naturellement l’ascendant, on ne taillera pas en faveur de la formation des branches.

Gardez tout le temps à l’esprit que ce que ce processus a principalement pour but l’établissement d’un tronc et la mise en place des premières branches maîtresses. Les considérations de ramification ne sont pas une préoccupation majeure pendant cette phase de culture. Au cours de ce cycle de croissance, il faudra prendre des décisions qui permettront de maximiser la croissance du tronc, tout en gardant les branches petites mais saines et vigoureuses, pour leur  utilisation future après la suppression de la branche de sacrifice. Le calendrier classique des soins sur les pins sert seulement de référence durant cette phase. Les différentes techniques peuvent être utilisées comme sur un arbre établi, mais elles ne doivent pas toutes être déployées car cela empêcherait le grossissement du tronc.

figure 3
Figure 3. 5ème année et au-delà. Une fois que la branche de sacrifice est établie, contrôlez la croissance des autres rameaux pour les garder près du tronc, tout en laissant la branche de sacrifice croître aussi fortement que possible.

Au cours de la 5ème année, la branche de sacrifice doit encore être autorisée à se développer sans contrôle. Les autres branches peuvent être taillées au besoin pour contrôler leur vigueur, ou pour former la structure primaire et la cime. La taille à la fin du printemps ou de l’été donneront des résultats différents et devraient être utilisée au mieux selon l’arbre. Alors que la taille des chandelles de l’année donnera entre 2 et 5 nouveaux bourgeons au niveau de la coupe, la taille d’été en amont d’un nœud pourra compacter le feuillage là où on en a besoin.

Si dans la deuxième et troisième année, la partie basse et le milieu du tronc sont ligaturés pour former l’arbre en hauteur et mettre en place la branche de sacrifice, la fin de la 5ème année est le moment opportun pour ajuster la conception et ligaturer toutes les branches qui seront conservées. Enlevez alors les branches qui ne seront pas nécessaires au final. Ligaturez les branches restantes pour orienter les extrémités qui ont une croissance fortes à l’horizontale. Retirez seulement les aiguilles qui sont sous les branches, en laissant les aiguilles qui poussent sur le dessus et sur les côtés des branches. Lorsque les branches seront ensuite taillées, voire parfois spontanément, de nouveaux bourgeons se formeront entre les paires d’aiguilles restantes.

taille des chandelles
Une branche de pin noir en fin d’été. La taille de la chandelle, à droite, a produit trois bourgeons forts. Mais, tout aussi important, les aiguilles laissées sur la partie supérieure de la branche il y a deux ans, à gauche, ont également donné un bourgeon. Ce type de bourgeon est souvent plus utile que les bourgeons qui résultent uniquement de la taille des chandelles.

La pratique de réduction des aiguilles est un raffinement qui doit être utilisé avec parcimonie au cours de la phase de croissance. De petites aiguilles sont nécessaires pour augmenter la pénétration de lumière, mais péchez par excès en réduisant de trop nombreuses aiguilles et votre jeune arbre aura encore moins de branches qu’un vieil arbre.

Après la cinquième année, il faut encore permettre la croissance libre de la branche de sacrifice. Les rameaux latéraux de la branche de sacrifice peuvent être enlevés pour éviter de faire de l’ombre aux branches inférieures si besoin. La taille des chandelles des branches inférieures doit être effectuée uniquement avec parcimonie. Une taille des branches les plus basses pendant l’hiver, en laissant un bourgeon latéral en bout, les affaiblira moins au profit de la branche de sacrifice qu’une taille des chandelles au début de l’été.

Lorsque la branche de sacrifice est trop vigoureuse ou qu’elle est à l’origine de l’affaiblissement des branches inférieures, supprimez sa pousse terminale et l’équivalent d’une ou deux années de croissance. Laissez en place un départ latéral fort, pour prendre le relais de la cime de la branche de sacrifice, si le grossissement du tronc est toujours nécessaire.

Lorsque viendra enfin le temps de supprimer la branche de sacrifice, au bout de 8 à 10 ans pour les arbres de taille moyenne, il faudra la réduire par étapes pour permettre à l’arbre de s’adapter au changement. Supprimer la branche de sacrifice en une seule fois peut rendre le reste de la ramification trop vigoureuse ou provoquer un allongement des aiguilles, les affaiblir et les faire jaunir. C’est pourquoi il faut éliminer environ 50% de la branche de sacrifice lors de la première taille. Puis, au cours de l’été suivant, taillez les chandelles de la branche de sacrifice ainsi que des autres branches et enlevez une autre section. Selon la taille de la branche de sacrifice, cela peut prendre 2 à 3 ans pour la supprimer complètement.

Eric Schrader                                                            (traduction Sy.Lo.)

3 commentaires pour “Création d’un Pin noir depuis le semis

  1. Excellent choix d’article et un grand merci pour sa traduction!
    J’ai une petite question si quelqu’un sait y répondre. J’aimerai construire un pin noir en cascade (ou semis cascade) à partir d’un semis. Est-ce que la recommandation d’Eric de ligaturer le tronc et lui donner son mouvement lors du deuxième hiver s’applique ici? En gros, est-ce qu’il faut que je donne une orientation vers le bas au tronc de mon jeune plant, ou bien je ferais ça plus tard avec une branche?
    merci de vos avis/conseils 😉

    1. Merci pour le commentaire. Concernant la question de création d’une (semi)cascade à partir d’un semis, il faut se concentrer dans un premier temps sur la base montante et former le mouvement du tronc (en prenant en compte une inclinaison correcte) jusqu’à la 4ème ou 5ème année minimum. La partie descendante se fera dans un second temps à partir d’une branche relais correctement placée (et ça donne l’opportunité de créer une rupture plus intéressante qu’en courbant le tronc principal tout en améliorant la conicité). La cime principale peut alors être laissée « libre » un temps comme tire-sève pour faire grossir la base plus rapidement, pendant qu’on prépare la (semi)cascade avec une branche. [Il faut toute fois rester vigilant à ce que la cime ne fasse pas trop d’ombre à la branche qu’on utilisera pour créer la (semi)cascade: il faut une branche relais forte pour prendre la suite quand la cime sera supprimée.]

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