Esthétique et courants

Esthétique

Dès que l’arboriculteur s’intéresse à l’esthétique d’un arbre en pot, il entre pleinement dans la discipline du bonsaï. Nous n’aborderons pas les expositions et la façon d’y présenter les bonsaïs, qui tiennent plus de l’aspect culturel que de l’arboriculture… Mais peut-être verrons nous un jour une expo d’envergure 100% autochtone en France!

-Styles et formes-

La mise en beauté d’un arbre est un point délicat de la discipline, car elle est autant subjective que codifiée en fonction de la voie choisie. Avant d’aborder les différentes techniques de mise en forme, il faut parler de trois grands courants qui s’opposent et se complètent: le courant traditionnel, le courant naturaliste et le courant fantastique, chacun ayant plusieurs orientations en son sein.

Si le courant traditionaliste est le plus codifié (surtout par les japonnais que nombres d’européens prennent comme modèles), il n’est pas formel pour autant! Libre à chacun de mettre sa touche personnelle, son ressenti et sa vision de la nature dans ses arbres sans que cela puisse être critiqué. Il est important de rappeler que les « règles » établies par les spécialistes du bonsaï japonnais sont issues de longues observations de la nature; ce n’est pas parce qu’un caractère naturel est couché sur le papier qu’il perd son coté sauvage. Mais le bonsaï traditionnel reste une vision idéalisée de l’arbre, où les arbres sont très structurés, bien organisés et agencés. C’est celui qui à longtemps été enseigné en Europe (le traditionnel européen est une interprétation du traditionnel japonais, qui a évolué indépendamment).

Le courant naturaliste retranscrit le caractère si spécial des arbres que l’on trouve à l’état sauvage. Il ne suit pas les règles du courant traditionnel et essaye de sublimer les éléments atypiques qui sont considérés comme des défauts dans le courant traditionnel. Il ne s’agit pas de recréer un modèle idéal de l’arbre mais de faire avec ce que l’arbre propose, avec ses défauts et non pas malgré eux. Voir cet article de Walter Pall sur le style naturaliste.

Le courant fantastique se libère de toutes contraintes naturelles, et fait beaucoup plus appel à son imaginaire. Les branches ne vont pas forcément chercher la lumière mais peuvent la fuir, les formes sont surnaturelles et ne peuvent exister sans l’intervention de l’homme. C’est le style qui se rapproche le plus de l’art que de la culture dans son approche de l’arbre. Parmi le courant fantastique, on notera le style « Burton », porté par des français qui s’inspirent de l’univers visuel très marqué du réalisateur du même nom: Tim Burton.

Dans tous les courants, les techniques utilisées pour la culture, l’entretien et la mise en forme sont les mêmes et visent autant la bonne santé de l’arbre que la transmission d’une émotion. L’harmonie visuelle devrait être la seule contrainte à s’imposer quand on travaille l’esthétique d’un arbre. Quel que soit le style choisi, cette harmonie passe par des principes de créations  qui permettent d’interpeller sans choquer.

Voici quelques conseils qui peuvent être appliqués pour guider les premières mises en forme, mais tous ne sont pas à prendre au pied de la lettre et avec l’expérience chacun fera ses propres choix et saura pourquoi il les fait:

  • Un arbre se construit en 3 dimensions;
  • La hauteur d’un arbre seul doit être égale à environ 6 fois le diamètre du collet et peut être jusqu’à 10 fois le diamètre du collet des arbres en forêt;
  • La première branche doit démarrer à environ 1/3 de la hauteur de l’arbre: le tronc sera mis en valeur sur le tiers inférieur et le houppier sur les deux tiers supérieurs;
  • Le feuillage ne doit pas être disparate ou clairsemé;
  • Un arbre seul dans un pot ne doit pas être centré et placé légèrement sur l’arrière;
  • La largeur du pot doit correspondre au 2/3 de la hauteur de l’arbre ou au 2/3 de sa largeur si l’arbre est plus large que haut;
  • La profondeur du pot doit être à peu près identique au diamètre du collet (exception faite pour les groupes/forêts, cascades et semi-cascades);
  • Ce qui fait la particularité d’une espèce donnée tient dans le caractère de ses branches; peu importe la forme du tronc que l’on donne à un arbre, on reconnaît une espèce à la forme de ses branches, la façon dont elles se ramifient, sortent du tronc, s’inclinent ou se redressent, etc., si ce n’est pas respecté l’arbre ressemblera peu-être à un bonsaï mais ne sera plus naturel…;
  • Il est toujours utile de connaitre les différentes formes naturelles existantes afin de s’en inspirer, de s’en rapprocher ou de s’en éloigner volontairement:

styles de bonsais

-Sy.Lo.-

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *