Fertilisation foliaire

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Il y a deux façons d’apporter des éléments nutritifs à une plante, la fertilisation racinaire et la fertilisation foliaire. La plus efficace des deux, et la seule à permettre une fertilisation suffisante sur le long terme, est bien sûr la fertilisation racinaire, qui va diffuser les éléments nutritifs dans le substrat et les mettre à disposition des racines.
Alors pourquoi parler de fertilisation foliaire ? et bien parce que dans une culture hors-sol, il arrive fréquemment que l’on soit confronté à un système racinaire qui ne permet plus ou peu l’assimilation des éléments nutritifs nécessaire à la croissance de la plante: intervention drastique au niveau des racines lors d’un rempotage, système racinaire insuffisant pour assurer la reprise d’un prélèvement, maladie touchant les racines, problème de substrat, etc. Dans ces cas il vaut mieux passer par la voie foliaire pour fertiliser notre arbre le temps que les racines se régénèrent ou qu’on règle le problème. On pourra aussi utiliser cette voie en complément pour remédier rapidement  à une carence en micro-éléments ou le temps de rétablir un équilibre dans le support de culture (pH ne permettant plus l’assimilation de certains élément, salinisation du substrat ou compétition entre certains éléments comme une trop forte présence de potassium (K) qui empêche l’assimilation de magnésium (Mg) par exemple).

pulvérisation

Il est important de préciser que la fonction des feuilles n’est pas d’assimiler des nutriments, mais que cela leur est possible en petite quantité. Les éléments nutritifs doivent être dissous à une faible concentration dans de l’eau peu minéralisée (type eau de pluie) puis pulvérisés sur le feuillage.

Si les mécanismes principaux des feuilles (photosynthèse, transpiration et respiration) sont bien connus par les passionnés de culture hors-sol, le mécanisme d’absorption des minéraux est moins abordé dans le milieu (c’est le même qui permet l’absorption des fongicides systémiques). Ce mécanisme d’absorption des nutriments à travers l‘épiderme est assez compliqué et fait l’objet de nombreuses études, c’est pourquoi il ne sera pas expliqué en profondeur ici. Mais pour l’appréhender il faut savoir que les cellules des feuilles ont des parois hydrofuges qui empêchent l’adhérence de l’eau et certaines espèces ont même une cuticule très épaisse (couche cireuse) qui protège la feuille et interfère avec l’absorption foliaire. Bien sûr les stomates jouent un rôle essentiel dans l’absorption foliaire mais tout ne se fait pas uniquement à ce niveau ; on évalue l’absorption d’une solution par les stomates à 60% et à 40% par voie intra-dermique (en fonction du différentiel de potentiel hydrique entre les cellules, l’intérieur de la feuille et l’atmosphère ou la surface de la feuille). L’utilisation d’un agent mouillant lors de la fertilisation foliaire va donc améliorer l’adhérence de la solution au contact des feuilles et permettre aux éléments nutritifs de rester suffisamment longtemps pour passer les barrières et être absorbés, cet ajout est d’autant plus à privilégier si l’on veut pulvériser une espèce pubescente car les trichomes (les poils sur les feuilles) maintiennent les gouttes d’eau à distance de la surface de la feuille. Il est toujours préférable d’utiliser des engrais foliaires spécialement conçus pour cet usage car ils contiennent des adjuvants (agents mouillant, tensio-actifs, pénétrants) optimisant l’absorption foliaire.

absorption-foliaire-mecanisme

La fertilisation foliaire en micronutriments est efficace à toutes les périodes hors dormance, et on conseille de la débuter dès que les feuilles sont établies puis de faire un apport mensuel ou au moins à chaque saison si l’engrais utilisé pour la fertilisation de fond n’en contient pas.

La fertilisation foliaire en macronutriments (N, P, K, Ca, Mg, S) sera plus efficace en utilisant des éléments chelatés, une solution à pH neutre et si on se contente d’apporter un seul élément (ou une combinaison avec de l’azote sous forme d’urée) à une période donnée, en complément d’une fertilisation racinaire équilibrée :

  • Apport d’azote (N) en période de croissance foliaire pour améliorer la croissance,
  • Apport de phosphore (P) pendant la floraison,
  • Apport de potassium (K) pendant la fructification, la croissance racinaire et durant l’automne.

En fonction des espèces il faudra 30 à 40 h pour que l’assimilation soit complète, et même en condition idéale seulement 80% de la solution en contact avec les feuilles sera assimilée, le reste étant perdu par évaporation, volatilisation ou ruisselement. Au bout de 16h la moitié de la solution de fertilisation en contact aura été absorbée par un feuillage sain et actif. Il est donc préférable de protéger l’arbre après avoir fertilisé de cette manière si la pluie est annoncée dans les deux jours suivants… et on comprend bien qu’il faut renouveler les pulvérisations régulièrement et de manières rapprochées pour avoir une réelle efficacité. En général on constate une couleur plus intense du feuillage après une période de fertilisation foliaire efficace, en partie dû au fait que les éléments apportés directement sur les feuilles améliorent la photosynthèse.absorption-foliaire

Notes : pour une même espèce et un apport identique les plantes âgées absorbent moins d’éléments que les plus jeunes, de même que sur une plante les feuilles les plus âgées absorbent moins d’élément que les plus jeunes. L’absorption foliaire d’éléments nutritifs est plus importante en phase de croissance et les plantes présentant un déficit ou une carence avérée absorbent plus d’éléments nutritifs qu’une plante saine en conditions idéales.

Sylvain Lopez

6 commentaires pour “Fertilisation foliaire

  1. bonjour je viens de découvrir et lire avec plaisir votre article sur la fertilisation foliaire que je pratique et applique également sur mes plantes , j’ai apporté beaucoup d’intérêt a découvrir le graphique sur le temps d’absorption car justement je me suis souvent poser la question « comment ça fonctionne !  » pour mémoire j’avais retenu un jour en questionnant une personne que les stomates ce refermaient dans le 8 minutes après la vaporisation ? est ce exact ? je n’en suis pas certain LOL
    je vous fais un réponse spontanée sans avoir pris le temps de lire toutes les catégories de votre Blog
    cordialement
    Michel Vachier Fabre

    1. Bonjour et merci pour le commentaire. L’ouverture et la fermeture des stomates sont conditionnées par l’atmosphère dans le feuillage (humidité/sécheresse, température comprise entre 15°C et 35°C), certains facteurs internes (potentiel hydrique, concentration en CO2, activité hormonale de l’ABA), certains facteurs externes (concentration en CO2, luminosité) et sont intrinsèquement liés à l’activité photosynthétique. Difficile donc d’être précis quand à leur temps de réaction en conditions réelles, mais en laboratoire l’ouverture des stomates est de l’ordre de 20 à 30 mn après un stimuli si les autres conditions sont réunies, et il en est de même pour leur fermeture après la suppression d’un facteur nécessaire au maintient de l’ouverture… c’est pourquoi une pulvérisation en journée peut forcer leur ouverture, et qu’ont préconise de faire les pulvérisations en deux temps si le but est d’hydrater la plante, la première va assurer l’ouverture des stomates et la seconde 20mn après va augmenter le potentiel hydrique extérieur pour garantir l’hydratation et limiter l’évapotranspiration.

      1. encore un grand merci pour les précisions de votre réponse sur mon interrogation concernant le temps d’ouverture des stomates .En fait quand je vaporisais, j’avais imaginé le phénomène de provoqué les ouvertures des stomates en faisant deux passages mais a seulement 10 minutes d’intervalles ce qui ne servait pas a grand chose . a présent grasse a vos conseils je et vais pouvoir corriger mon tir et vous remercie infiniment .

        1. ce n’était pas forcément inutile en fonction du moment où c’est pratiqué, si on part du postulat que les stomates sont déjà ouverts, une seule pulvérisation peut avoir de l’effet 😉

  2. On nous a toujours dit que les juniperus apprecient et demandent beaucoup d’engrais foliaire que les autres espèces. Ils absorbent mieux, presqu’ à vue d’oeil,
    Merci pour votre article

    1. c’est exact, de façon générale les conifères ont une meilleure absorption foliaire (par rapport au racinaire) que les autres espèces, et en haute montagne certaines études ont même démontrées que, dans des conditions particulières, la majorité de l’absorption (hydrique) pouvait être faite non pas par les racines mais par le feuillage suivant la saison!

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