Les idées reçues du bonsaï

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La discipline du bonsaï est encore méconnue ou plutôt mal connue du grand public et les idées reçues qui accompagnent ces petits arbres en pot sont encore nombreuses. Il faut savoir qu’un bonsaï est un arbre mature, nanifié, qui a l’allure, l’écorce et la ramification d’un vieil arbre que l’on pourrait voir dans la nature, et que cet arbre miniaturisé est ensuite mis dans un pot (plus large que profond) pour être admiré. Un bonsaï n’est pas une bouture ou un jeune plant mis dans un pot à bonsaï, ça, ça reste une bouture ou un jeune plant et ça se voit…

sapin de noël bonsaï

Idée reçue N°1 : La discipline du bonsaï est originaire du japon.

La première chose erronée qui revient souvent à propos de l’origine du bonsaï est qu’elle se trouve au Japon. Cette croyance est due au fait que l’occident a découvert cette discipline avec l’ouverture nippone sur le monde durant la deuxième moitié du XIXème siècle après deux siècles de replis sur soit, et que beaucoup d’européens ont appris la culture du bonsaï auprès de japonais. Mais l’origine de cette discipline est bien chinoise ! Les premiers bonsaïs (au sens culture d’arbres d’agréments en pot), seraient apparus en Chine durant la dynastie Han (206 av. J-C -> 220 ap. J-C) et cette pratique s’est ensuite répandue dans toute l’Asie (vers l’an 800 au japon qui se fascinait pour tout ce qui avait attrait à la Chine). Pour aller plus loin sur l’arboriculture hors-sol on soulignera aussi que :

  • La culture hors-sol est très ancienne, les égyptiens cultivaient déjà des arbres en pot il y a quatre mille ans pour des raisons pratiques. Les civilisations mésopotamiennes ont ensuite copié cette culture et l’ont adapté à leurs besoins, mais elles n’avaient pas de but esthétique;
  • Les plus anciens jardins « d’agréments » ayant des composantes esthétiques et spirituelles remontent à l’empire persan vers 4000 ans av. J-C (les plus célèbres étant les jardins suspendus de Babylone au XIe siècle av. J-C). Le jardin chinois étant apparu vers 2000 ans av. J-C;
  • La culture hors-sol moderne est née au XIXème siècle en Allemagne mais ses débuts remontent au XVIIème siècle dans le domaine de la sylviculture fruitière;
  • Nos connaissances sur la fertilisation viennent de l’avancée des recherches agricoles commencées au début du XIXème;
  • Le premier système hydroponique commercialisé l’est aux États-Unis en 1930.

Idée reçue N°2 : Les bonsaïs sont des arbres nains qui ne poussent plus.

Une chose essentielle à savoir, est que les bonsaïs sont des arbres tout à fait normaux ! Il n’existe pas « d’arbre bonsaï » et si on plante un bonsaï en pleine terre il va croître normalement comme ses congénères. Un bonsaï pousse donc à chaque saison, même en pot. Les espèces utilisées pour faire des bonsaïs sont souvent des arbustes, ou des arbres de petite taille naturellement mais il est possible de faire un bonsaï avec n’importe quelle espèce ligneuse, du moment qu’elle peut vivre en pot. La seconde limite va venir du fait que certaines feuilles sont plus difficiles que d’autres à nanifier et un petit arbre avec de grandes feuilles donnera une sensation étrange. Par contre l’utilisation de plusieurs techniques de taille du houppier et des racines, pratiquées sur des espèces normales, permettent de donner l’impression d’un arbre mature nanifié et de le maintenir dans cet état en pot.

Idée reçue N°3 : Il existe des graines de bonsaïs.

On vient de le voir, un bonsaï n’est pas une espèce d’arbre. Les graines de bonsaïs sont un argument marketing fallacieux ! N’importe quelle graine ramassée dans son jardin pourrait porter cette mention.

Idée reçue N°4 : Un bonsaï consomme très peu d’eau et l’arrosage doit se faire par bain.

En plus d’être faux, cela peut être dangereux pour la santé de l’arbre. Un bonsaï, comme toute les plantes, doit être arrosé quand il en a besoin… logique non ? Un apport trop important et trop régulier (tout comme l’utilisation d’une coupelle sous le pot) risque de faire pourrir les racines et causer la mort de l’arbre… Comme un trop faible apport d’eau qui entraînera le dessèchement de l’arbre. L’arrosage se fait normalement, avec un arrosoir et en pluie par le dessus du pot. Un terme horticole pour arroser un arbre par le dessus du feuillage est le bassinage… mais bassiner un arbre ne veut pas dire le mettre dans une bassine ! d’où l‘erreur fréquente qu’un bonsaï doit être mis dans une bassine et arrosé par bain. L’arrosage est un élément clé de la survie d’un arbre en pot qu’il faut appréhender et maîtriser, et cela passe aussi par un support de culture adapté.
Les employés de jardinerie sont généralement de mauvais conseil concernant les bonsaïs à moins de pratiquer eux même cette culture, mieux vaut se tourner vers des magasins spécialisés pour ne pas faire n’importe quoi.

Idée reçue N°5 : Il faut utiliser des engrais et des substrats « spécial bonsaï ».

Encore un argument purement marketing… Il faut adapter le substrat à la culture en pot, à l’espèce cultivée, à son emplacement et sa disponibilité pour arroser, mais il n’existe pas de substrat spécifique aux bonsaïs ou qui conviendrait à tous les arbres en pot. En plus ce sont souvent des mélanges de tourbe et de sphaigne qui portent cette mention et on déconseille généralement l’usage unique de ces faux ‘terreaux’. Idem pour les engrais, un engrais qu’il soit spécial tomate, hortensia ou bonsaï est conçu peu ou prou de la même façon et le choix ne doit pas se faire sur ce critère mais sur sa minéralisation et sa proportion en divers éléments, en fonction de l’étape de culture de l’arbre.

Idée reçue N°6 : Les bonsaïs sont des arbres d’intérieur.

Un bonsaï est un arbre, pas une plante grasse, donc sa place est dehors sinon il ne vivra pas longtemps. Commercialement les bonsaïs tropicaux et sub-tropicaux sont appelés bonsaïs d’intérieur en occident car ils ne supporteraient pas de passer l’hiver dehors sous notre climat. Il faudra donc mettre ces bonsaïs tropicaux sous serre ou en intérieur l’hiver mais seulement quand les températures sont basses.  L’atmosphère de nos intérieurs est bien trop sec et manque cruellement de luminosité pour espérer garder un arbre en bonne santé dedans toute l’année, il faudra donc mettre ces arbres à l’extérieur dès le retour du soleil et la montée des températures, sous peine de devoir en racheter régulièrement…

Idée reçue N°7 : Pour faire un bonsaï il faut faire pousser un arbre dans un pot.

Là encore beaucoup de débutants pensent que partir d’un jeune plant et le faire pousser dans un petit pot toute sa vie fera un jour un beau bonsaï. C’est effectivement possible, mais le jeune plant ne méritera le nom de bonsaï que plusieurs générations après sa mise en pot! Il faut savoir que la mise en pot, et la taille régulière ralentissent la croissance de l’arbre, et ce que l’on veut en bonsaï c’est avoir un petit arbre qui parait vieux. La meilleure façon d’y parvenir n’est pas de faire pousser lentement un arbre en le maintenant faible mais d’avoir une forte croissance puis de rabattre l’arbre et pour ça, les premières phases de culture nécessites des grands pots ou carrément un passage en pleine terre, ainsi que des saisons de pousse libre où l’arbre aura une silhouette anarchique ou disproportionnée. Et oui on obtient un bonsaï (tronc épais, écorce mature, branches épaisses et bonne ramification) en le construisant étape par étape et non en le maintenant dans une certaine forme très jeune en espérant qu’il deviennent mature en l’état…

Sylvain Lopez

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