Prélèvements

prélèvement

Tous les bonsaïs ne sont pas issus de culture ou de semis et il est possible de prélever un arbre dans la nature pour le cultiver ensuite en pot. Certaines espèces se prêtent mieux au prélèvement que d’autres et il est nécessaire d’avoir une base solide de culture avant de se lancer dans un prélèvement seul. Par prélèvement on entend tout le travail effectué autour du déterrage, de la mise en pot et de la culture jusqu’à la reprise de l’arbre.

-Législation-

Il est important de noter que les prélèvements sauvages dans la nature sont interdit en France. L’obtention d’une autorisation est obligatoire avant tout prélèvement auprès du propriétaire du terrain. Si le terrain appartient à l’état il faudra faire une demande auprès de l’agent de l’ONF en charge de la parcelle. En cas de prélèvement sans autorisation, l’ONF est en droit de demander des dommages et intérêts. Ce que dit le code forestier au 01/01/2016:

    • Article L331-2  : « La coupe ou l’enlèvement d’arbres ayant 20 centimètres de tour et au-dessus est puni d’une amende de 45 000 euros. »
    • Article L331-4 : « Ceux qui, dans les bois et forêts, ont éhoupé, écorcé ou mutilé des arbres, ou qui en ont coupé les principales branches ou qui ont enlevé de l’écorce de liège, sont punis comme s’ils les avaient abattus par le pied. »
    • Article L161-18: « Les [agents assermentés de l’Office National des Forêts] sont autorisés à saisir les bestiaux trouvés en situation d’infraction, les véhicules et autres biens ayant servis ou destinés à la commission d’une infraction forestière et à les mettre sous séquestre. Ils recherchent les objets enlevés par les auteurs d’infractions jusque dans les lieux où ils ont été transportés et les mettent également en séquestre. »

-Période de prélèvement-

Les deux meilleures saisons pour prélever sont le printemps et l’automne. Il ne faut pas prélever si les températures sont extrêmes (l’idéal étant qu’il fassent entre 10°C minimum et 20°C maximum pendant les semaines qui suivent le prélèvement, de jour comme de nuit).

Le prélèvement se fait plutôt au début du printemps pour les feuillus, en mettant l’arbre à l’abris des gelées tardives, et plutôt à la fin du printemps pour les conifères,  en  protégeant l’arbre des vagues de chaleurs.

Prélever à l’automne est aussi possible si on laisse le temps à l’arbre de faire ses réserves pour l’hiver (il faut attendre que les feuillus commencent perdre leurs premières feuilles). L’arbre devra alors être protégé des gelées hivernales et des fortes pluies.

-Mise en pratique-

De façon générale, les feuillus sont plus faciles à prélever que les conifères qui mettent plus de temps à régénérer leur système racinaire. Certains arbres auront une reprise plus ou moins rapide en fonction de leurs vigueur, de leurs réserves, de la façon dont s’est déroulé le prélèvement et de la culture qui s’en suit.

Il faut prélever seulement des espèces dont on maîtrise déjà la culture, au risque de faire mourir l’arbre par méconnaissance.

Une fois qu’un arbre avec un caractère intéressant est repéré, il faut  l’examiner soigneusement et l’envisager dans le futur. On ne prélève pas un arbre sans avoir un projet pour lui. Les points à vérifier pour ne pas prélever à tord:

  • L’arbre doit être en forme et non affaibli par une maladie pour bien réagir au prélèvement. Sinon il faudra essayer de traiter l’arbre sur place avant de pouvoir le prélever ;
  • La ligne du tronc doit avoir un mouvement intéressant dès le départ du collet. Comme l’arbre sera fortement réduit et la ramification à refaire, il est inutile de prélever un arbre dont la caractéristique intéressante est trop haute. Dans ce cas il faudra faire une marcotte en laissant l’arbre à sa place ;
  • Le système racinaire doit être correct, avec des radicelles assez proche du collet. Il faut explorer le tour du collet et vérifier la présence de racines proche de la surface.

Si l’arbre réunit tous les critères, il faut révéler délicatement les premières racines pour vérifier leur quantité et leur qualité. Si les racines sont ramifiées et que des radicelles sont proches de la base du tronc l’arbre est effectivement un bon candidat*.
On peut alors creuser un sillon autour de l’arbre, assez loin du tronc pour ne pas abîmer les racines qui serviront à la reprise. Une fois la saignée assez profonde (en étant certain d’avoir assez de racines actives pour assurer la survie de l’arbre), il faut revenir de plus en plus près du tronc, en coupant les grosses racines et le pivot s’il existe, jusqu’à pouvoir sortir la motte de terre. La partie aérienne doit aussi être taillée de façon à équilibrer l’arbre et limiter la transpiration foliaire.
Il faut ensuite humidifier la motte avant de l’envelopper avec une toile suffisamment solide (type toile de jute). Attention à ne pas sous-estimer le poids d’un arbre avec une motte arrosée!

*Dans le cas où un arbre intéressant ne posséderait pas suffisamment de racines près du collet pour assurer sa survie en cas de prélèvement, il faut préparer sa sortie de terre sur plusieurs années. On coupera d’abord les grosses racines puis dans un second temps le pivot s’il existe. L’arbre sera laissé en place et les racines sectionnées seront recouvertes.  Sur le même principe, on peut aussi réaliser un marcottage sur place (soit au niveau du collet, soit sur les grosses racines) ou des greffes de jeunes plants. Ce n’est que lorsque l’arbre aura émit suffisamment de radicelles, que la marcotte sera sevrable ou que les greffes auront prises que l’arbre pourra être prélevé (au moins 18 mois après l’intervention de préparation).

-Soins post prélèvement-

Une fois l’arbre ramené sur le lieu de culture, il faut enlever délicatement toute la terre autour des racines et finir de tailler celles qui sont inutiles, en gardant un maximum de radicelles qui assureront la reprise. Un bon moyen de le faire sans blesser les racines est de faire tremper totalement la motte dans une bassine d’eau pendant 24h, puis d’enlever la terre délicatement en maintenant la motte en immersion. Une fois que c’est fait, effectuer un pralinage avant la mise en bac de culture favorisera la survie de l’arbre.
Placer ensuite l’arbre dans un pot large et profond muni de trous de drainage. Le but est d’assurer sa reprise et un nouvel enracinement, il faut donc de la place aux racines de tous les cotés. Comme lors d’un rempotage, l’arbre doit être bien fixé pour éviter de blesser inutilement les racines par la suite. Le substrat utilisé doit être rétenteur et drainant comme de la pumice/perlite additionnée d’une composante organique à 50%. Il faut arroser abondamment le substrat jusqu’à ce que l’eau s’écoule par les trous du pot. Pendant la période de reprise des arrosages avec du glucose favoriseront l’émission de nouvelles radicelles.
L’arbre prélevé doit être placé à l’abri du soleil direct mais dans un endroit lumineux, et vaporisé régulièrement pour limiter la transpiration et les retraits de sève.
On limitera la fertilisation la première année de reprise à moins de le faire en pulvérisation sur le feuillage.

Aucun travail de mise en forme ne doit être effectué sur un arbre prélevé tant que sa reprise n’est pas complètement assurée et qu’il montre des signes de vigueur. Certaines espèces vivent sur leurs réserves des années: des pousses et un départ de végétation ne sont pas un signe de reprise assuré! Il faut surveiller le développement racinaire avant tout.

-Sy.Lo.-

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