Techniques de ramification par Sergio Martinez

Esthétique, Sergio Martinez, traduction d'articles étrangers

[Traduction d’un article de Sergio Martinez, publié sur son blog en 2013. Traduit et diffusé avec son aimable autorisation.]

J’ai voulu écrire un article sur la ramification. Un livre entier pourrait assurément être écrit sur le sujet, et rien de ce qui sera décrit dans ces lignes n’est irréfutable, car il y a autant de théories et de pratiques que de « maîtres ». Ceci étant dit, je ne prétends pas défendre ici la meilleure technique, mais si je peux expliquer quelques concepts clés pour choisir la bonne technique à utiliser en fonction de l’arbre que nous travaillons.

Je vais tout d’abord citer ce que John Yoshio NAKA disait à propos de la ramification : « Si les racines sont les fondations et que le tronc est le corps de la construction, les branches définissent la silhouette et la forme de l’arbre. La disposition des branches ou EDA-BURI, détermine la beauté et la qualité d’un bonsaï…, les branches sont comme les vêtements d’un homme ».

Tailler, ligaturer, pincer et défolier sont les outils que nous utilisons pour arriver à nos fins.


Monopodiale et Simpodiale.

Que signifient ces termes ? Ces principes botaniques peuvent-ils nous aider avec nos bonsaïs ? Je pense que oui. Ce sont deux termes que chaque amateur de bonsaïs devrait connaitre. D’un point de vue botanique, on retrouve deux types de ramifications selon la nature de l’espèce. En fonction de la dominance apicale on peut parler de ramification monopodiale ou de ramification simpodiale.

Ramification simpodiale: Croissance à partir de bourgeons axillaires C’est une croissance latérale. Les branches latérales se développent plus que la tige principale. Cela peut inclure l’arrêt de la croissance verticale parce que le bourgeon apical reste en dormance ou devient une fleur. Les bourgeons axillaires continuant de pousser. Dans la nature c’est la ramification type de la majorité des arbres, en particulier des feuillus caduques, à exception de quelques uns, comme les peupliers par exemple. La forme de la canopée est large et arrondie.

simpodiale1

simpodial2

Ramification monopodialeTypique des conifères. La croissance est verticale, donnant des formes pyramidales, triangulaires ou coniques. Le bourgeon apical pousse plus fort que les axillaires. La tige principael (ou monopodiale) pousse indéfiniment. En bonsaï c’est un style de ramification beaucoup enseigné dans les écoles traditionnelles japonaises, tant pour les conifères que pour les feuillus. Elle compte énormément d’adeptes et de détracteurs.

monopodiale1

monopodiale2

Il est nécessaire de bien appréhender et de comprendre ces deux concepts basiques pour pouvoir faire du bonsaï. Certains amateurs vont toujours former leurs bonsaïs de la même façon, alors que d’autres vont savoir quel type de ramification  (simpodiale ou monopodiale) ils doivent appliquer pour créer un projet en fonction de l’espèce travaillée. Le plus important est qu’il ne doit pas y avoir de règles figées dans la discipline du bonsaï. La beauté est dans l’interprétation et le travail de l’artiste, pas dans les techniques appliquées.

Paripennée ou imparipennée?

Un autre concept de base que nous devons avoir en tête au moment de travailler la ramification de nos arbres et de bien connaitre l’espèce concernée. Inutile de préciser qu’il y a une différence entre un mûrier et un genévrier. Nous n’entrerons pas dans le détail de chaque espèce, mais nous aborderons des concepts universels. Au moment de travailler un feuillus (pas un conifère), il est utile de connaitre la disposition des bourgeons. C’est-à-dire s’ils sont opposés ou alternés. Si les tiges se terminent par un nombre pair de folioles on dira qu’elles sont paripennées ; si elles se terminent par un nombre impair de folioles on dira qu’elles sont imparipennées.

Paripennée: paripennée

Imparipennée: imparipennée


Ce serait intéressant d’assister à un débat entre les défenseurs de la taille et les défenseurs de la ligature pour construire la ramification de nos bonsaïs. C’est sur qu’il y aurait des étincelles et qu’on verrait des objets voler. Il y en aurait pour tous les goûts entre ceux qui utilisent exclusivement la taille pour construire l’intégralité de la ramification, et ceux qui utilisent exclusivement la ligature. Chacun prétendant utiliser la technique la plus vertueuse. En fonction du projet envisagé nous devrions opter pour l’une ou l’autre. Parfois la simple pause d’un hauban peut nous aider à positionner une branche où l’on veut, et c’est une technique moins agressive que la ligature. Généralement, la ligature s’utilise principalement pour les ramifications de type « monopodiale » alors que la taille s’utilise pour les ramifications « simpodiales », évidemment avec certaines exceptions.

Ligature ou taille?

ligature ou taille

La bonne façon de réaliser correctement une ligature pourrait être le thème principal d’un article à part entière, donc je ne m’y étendrais pas ici. J’en dirais seulement que c’est une technique qui s’affine sur plusieurs heures et années de travail, et que c’est une technique clé pour terminer la majorité des travaux de ramification. La ligature nous permet de modeler et positionner rapidement les branches.

Construire la ramure par la taille, le pincement et la défoliation.

Voyons quelques schémas simples à suivre afin de poursuivre une ramification avec des ciseaux. Uniquement par la taille, le pincement et la défoliation donc. C’est une technique plutôt lente,  mais avec les années et un travail correctement fait, les résultats sont réellement spectaculaires et naturels.

Les outils nécessaires pour cette technique sont les suivants :

outils
La patience est mère de succès. Il faut laisser pousser les branches jusqu’à ce qu’elles atteignent l’épaisseur souhaitée. Les branches maîtresses trop fines sont inesthétiques.

taille de ramification1

Exemple 1 : croissance paripennée.

taille de ramification2

Une fois la branche suffisamment épaisse, nous pouvons la tailler à deux paires de feuilles.

De chaque bourgeon va sortir une nouvelle branche. On supprimera la tige supérieure et les bourgeons qui sont restés en amont au dessus de la base de la branche, puis on laissera de nouveau pousser la nouvelle branche jusqu’à ce qu’elle atteigne l’épaisseur désirée.

taille de ramification3

On taille de nouveau la branche à deux paires de feuilles.

taille de ramification4

A ce moment on taille le rameaux supérieur à une paire de feuilles. On supprime la tige inférieure. De cette manière on obtient du mouvement sur la branche.

taille de ramification5

Il faut ensuite pincer les brindilles et défolier la branche à l’exception des paires les plus éloignées du tronc. Ces dessins sont simplifiés au maximum, il est normal que d’autres rameaux mal dirigés apparaissent. Il faudra les éliminer au fur et à mesure pour conserver cette structure.

taille de ramification6

taille de ramification7

Il faut ensuite pincer les brindilles et défolier la branche à l’exception des paires les plus éloignées du tronc. Ces dessins sont simplifiés au maximum, il est normal que d’autres rameaux mal dirigés apparaissent. Il faudra les éliminer au fur et à mesure pour conserver cette structure.

taille de ramification8

 

Exemple 2: croissance imparipennée.

Les feuilles apparaissent de façon alternées. On va procéder initialement de la même façon, en laissant pousser la branche jusqu’à obtenir une grosseur voulue.

taille ramification

Il faudra tailler au niveau d’un bourgeon orienté vers le bas, sinon la nouvelle pousse sera trop verticale.

taille ramification2

taille ramification3

On va continuer le processus expliqué dans l’exemple 1, en combinant la croissance, la taille, la sélection de branches et la défoliation répétées.
taille ramification4

taille ramification5


Continuons avec des exemples concrets. Le premier concerne un arbre caduc sur lequel on va combiner la ligature et la taille et le second sera sur un olivier de style « Bunjin ».

Exemple 3: Un arbre caduc simpodial.

Imaginons que la matière première proposée par l’arbre se développe librement avec une légère sélection de branches.

exemple de taille de ramification

La première étape serait de réaliser une taille sévère. Nous pourrions laisser quelques « moignons » comme base pour les futures branches maîtresses. Le résultat ne serait pas garanti, car la pousse d’une plante ne se fait jamais exactement là où on le veut, mais dans beaucoup de cas ça donnera l’avantage d’avoir un départ de branche plus épais.

exemple de taille de ramification2
Après la première année de culture, nous éliminons les branches mal positionnées et nous repositionnons seulement les branches qui le nécessitent grâce à la ligature. A partir de ce moment on ne travaillera plus que par la taille. Dans cet exemple, nous n’abusons pas de la ligature et recherchons un résultat très naturel.

exemple de taille de ramification3
La seconde année de culture, on maintient la structure primaire grâce à la taille et au pincement sans avoir besoin de ligaturer. Arrive alors le moment de travailler finement la ramification.

étapes de taille de ramification

On atteint notre but grâce aux pincements. En pinçant toujours les nouvelles pousses au premier bourgeon pour éviter les entre-nœuds trop longs. C’est une technique très lente mais avec d’excellents résultats.

Il faudra combiner le pincement avec l’élimination des départs mal positionnés.

Les résultats sont longs à se voir mais le travail réalisé vaut vraiment la peine. Nous obtenons ainsi des arbres caducs avec un aspect tout à fait naturel et sans un port forcément triangulaire.

Exemple 4: Un olivier monopodial.

L’arbre de départ est un olivier basique de pépinière. Avec la longueur du tronc et la position de son feuillage c’est un candidat idéal pour le style « Bunjin ».

Ce genre de style correspond bien à la ligature et au positionnement des branches qui marquent bien des plateaux et entrent dans un triangle. Nous en ferons donc un olivier avec une ramification monopodiale.

olivier
Sélection de branches puis pousse libre pour augmenter la vigueur et la grosseur des branches.
olivier2olivier3

olivier4

Nous positionnons ensuite les branches avec une ligature, et pour densifier le feuillage nous pratiquons le le pincement et la défoliation, mais seulement si la santé de l’arbre le permet. Pour finir nous construisons un bonsaï type de style Bunjin ou Literati:

ramification olivier


Comme on l’a vu, les options et les techniques que l’on peut choisir au moment de construire la ramure de nos arbres sont nombreuses. Le plus important est la constance et le savoir faire ; et par-dessus tout, de réaliser les différentes étapes aux périodes adéquates et quand la santé de l’arbre nous le permet.

Il ne faut pas non plus perdre de vue un concept tellement basique que l’emplacement d’un bonsaï. Il faut le tourner chaque semaine pour que tous les cotés reçoivent le soleil ; c’est essentiel pour une bonne ramification. Malheureusement c’est quelque chose que les amateurs ne suivent pas au pied de la lettre. Et c’est une grande erreur de garder nos arbres toujours sur la même « face ». Ne l’oublions pas.

Sergio Martinez                                                                           (traduit par -Sy.Lo.-)

5 commentaires pour “Techniques de ramification par Sergio Martinez

  1. Bonjour
    Je trouve vos explications très nets et toujours très interressantes.je souhaiterais comment je peux imprimer cette page .aussi avez édité un livre comment puis-je le trouver?
    Merci de bien vouloir éclairer mes questions

    1. Bonjour Marie,
      à ma connaissance Sergio Martinez (l’auteur de cet article traduit par LeBonsaiAutochtone) n’a pas sorti de livre sur le bonsaï mais son blog contient d’autres articles intéressants à lire (en espagnol: cartagenabonsai.blogspot.fr).
      Il est aussi toujours intéressant de se rapprocher d’un club ou d’autres passionnés de sa région pour apprendre de nouvelles techniques.

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